Bureau du rédacteur en chef (mau)
Selon nos observations, le nombre de commerces affichant une pancarte « pet-friendly » a environ doublé dans cette ville en six mois. Le chiffre a été établi par nos reporters, pancarte par pancarte ; la marge d'erreur ne dépasse pas trois commerces. Pour un quotidien qui couvre principalement les humains, l'affaire méritait la une.
Commençons par les faits. Dans la pratique, le « pet-friendly » se compose en général des clauses suivantes : tenir l'animal en laisse ou dans les bras ; se limiter à la zone indiquée ; ne pas toucher les rayons ; sortir immédiatement en cas d'aboiement ou de miaulement. Nous n'avons rien à redire à ces clauses — l'ordre est une bonne chose ; la rédaction applique les mêmes règles en interne.
Le problème est ailleurs. Nous avons remarqué que toutes ces clauses apprennent aux animaux à ne pas déranger les humains, et qu'aucune n'apprend aux humains à ne pas déranger les animaux.
Par exemple, aucune pancarte « pet-friendly » ne précise : ne pas approcher brusquement un téléphone à vingt centimètres du museau d'un chat ; ne pas produire de bruitages aigus dans le dos d'un animal qui vous tourne le dos ; ne pas nourrir sans demander — ce que les humains ne font généralement pas avec les bébés de leur propre espèce, alors que le diamètre d'un bébé dépasse celui de n'importe lequel de nos reporters.
Le droit de définir « friendly » n'appartient pas à celui qu'on rend « friendly »
Nous comprenons que les règles d'un espace commercial soient fixées par son exploitant : c'est l'ordre élémentaire du marché, et nous ne prétendons pas le renverser. Nous signalons seulement un fait de langue : dans la formule « pet-friendly », « friendly » fonctionne comme un verbe, le sujet est le commerce, l'objet est l'animal. Or la vraie gentillesse n'a jamais été une retenue jouée d'un seul côté : c'est le fait, pour les deux parties, de savoir où sont les limites.
Pour l'instant : nous connaissons les limites, d'un seul côté. Vous ne les connaissez pas, de l'autre.
Notre suggestion est simple : à la prochaine réédition de vos pancartes, complétez l'objet. Est-ce « ce commerce est gentil avec les animaux » ou « ce commerce demande aux animaux d'être gentils avec lui » ? Ces deux phrases méritent deux pancartes différentes.
Si cet éditorial a offensé quelqu'un, ce n'était pas l'intention — mais ce n'est peut-être pas faux pour autant. À l'heure où nous mettons sous presse, le rédacteur en chef et le chef des données se sont accordés sur la formulation : les chiffres sont exacts, le ton reste tel quel.
Corrections & note
Texte de commentaire fictif, du point de vue animal. Les faits sont signalés par « selon nos observations » ou vérifiés par le Perroquet. Pour toute question professionnelle, consultez un professionnel humain.
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